Calculer ses revenus à la retraite, c'est additionner AVS, LPP et 3e pilier. Savoir si le résultat tient dans la vie que vous voulez, c'est une autre question.
Ce que vous voulez savoir, ce n'est pas un montant. C'est si votre qualité de vie tiendra dans le scénario que vous avez en tête : partir une année avant l'âge légal, garder votre maison et sa dette hypothécaire, prendre un peu de capital pour vous faire plaisir. Et si ça ne tient pas tout à fait, ce qu'il faudrait ajuster pour que ça tienne.
Le calcul de base, lui, est simple. Rente AVS, plus rente ou capital du deuxième pilier, plus ce que vous avez en 3e pilier ou en épargne. Le problème n'est pas d'additionner. Le problème, c'est que ce total brut ne veut pas dire grand-chose tant qu'il n'est pas passé au filtre de vos impôts et de vos dépenses réelles. C'est là que les surprises arrivent.
Pourquoi le chiffre est presque toujours surévalué
Fait à la maison, le calcul tombe presque toujours trop haut. Deux raisons.
Les impôts, d'abord. À la retraite, vous perdez une bonne partie de vos déductions (frais professionnels, rachats, cotisations) et vos revenus deviennent réguliers, donc entièrement visibles pour le fisc. Beaucoup de gens sont surpris de voir que l'impôt mord plus fort sur une rente que sur le salaire qui la précédait.
Le train de vie, ensuite. On imagine qu'on dépensera moins. Les premières années, c'est souvent l'inverse : plus de temps, donc plus de voyages, de sorties, de projets qu'on avait remis. Un budget qui ne prévoit pas cette hausse est faux dès la première année.
Le cas d'un départ très anticipé, avant 58 ou 60 ans
Là, le calcul change de nature. La prévoyance suisse n'est pas faite pour ça. Pas de rente LPP avant l'âge réglementaire de votre caisse, et le capital reste bloqué sur un compte de libre passage jusqu'à 60 ans. Autrement dit, tout doit venir de votre fortune libre jusqu'à 60 ans, puis des revenus de cette fortune jusqu'à l'AVS à 65 ans.
Ça demande beaucoup de capital. En dessous de 2 à 3 millions de francs hors prévoyance, c'est souvent limite, surtout avec le coût de la vie en Suisse. Pas un couperet, mais un seuil en dessous duquel il faut regarder de très près.
Passé 63 ans, c'est une autre histoire, du moins pour les profils que je vois le plus : propriétaires, carrière complète, salaire de fin de carrière confortable. Pour eux, ça passe dans la grande majorité des cas, moyennant une baisse du train de vie. Ce n'est pas une règle générale. Si vous êtes locataire, ou si votre carrière a eu des trous, le calcul repart de zéro.
Et quand ça ne passe pas ? Le levier qui marche vraiment, en Suisse, c'est une année de travail en plus. Les autres pèsent peu à côté.
Cette réponse change si...
Le canton de résidence, d'abord. Au moment de retirer le capital, la fiscalité varie fortement entre Vaud, Genève et le Valais, parfois du simple au double sur un même montant.
La situation de couple. Marié ou non, ce qui arrive au conjoint ou au concubin survivant n'est pas du tout le même, et ça pèse sur le choix entre capital et rente.
Le choix capital ou rente lui-même, qui joue autant sur le montant mensuel que sur ce que vous laisserez derrière vous.
Et la dette hypothécaire. Une banque peut réexaminer votre capacité financière à tout moment, indépendamment de votre propre calcul. Un point à traiter des années avant, pas six mois avant.
Ce que j'observe sur le terrain
Que le revenu suffise n'est qu'une première question. Ce n'est pas parce que votre retraite tient que votre stratégie est la bonne, fiscalement et surtout pour la succession. Deux situations qui tiennent aussi bien au quotidien peuvent coûter très différemment au moment du retrait, ou plus tard, à vos héritiers.
Autre chose : envisager de partir à 60 ans reste un luxe. Il ne faut pas l'oublier. Quand le calcul dit non, les gens se résignent, et une année de plus règle souvent la question.
Concrètement, mon travail consiste à prendre les chiffres bruts d'un certificat de prévoyance et d'un extrait AVS, et à en faire un montant net réaliste, mois après mois, avec vos impôts et votre budget, pas une moyenne théorique.
Questions fréquentes
À partir de quand une estimation est-elle fiable ? Dès 10 ans avant l'échéance, on obtient une bonne tendance. Plus on se rapproche, plus on est juste dans le tir. Un peu comme la météo.
La simulation officielle de l'AVS suffit-elle ? C'est un point de départ. Elle ne dit rien de votre deuxième pilier, de votre 3e pilier ni de votre fiscalité.
Faut-il refaire le calcul ? Oui, à chaque changement important : canton, couple, nouvelle dette. Un calcul figé dix ans à l'avance perd vite sa valeur.

Raphaël Jordi — Planificateur financier Dipl. IAF, Fondateur de Finance Lab
Si vous voulez d'abord comprendre ce que dit vraiment votre certificat de prévoyance, lisez cet article avant d'aller plus loin.
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