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Retraite anticipée : que se passe-t-il avec les cotisations AVS ?

Retraite anticipée : que se passe-t-il avec les cotisations AVS ?

Lundi, 18 Mai 2026

Prendre sa retraite de manière anticipée avant l'âge légal de 65 ans est une volonté de plus en plus présente chez de nombreux Suisses. Cependant, cette décision entraîne beaucoup de questions et quelques obligations, notamment au niveau des cotisations AVS. Voici les règles applicables, les pièges à éviter, et les bonnes questions à se poser pour partir dans les meilleures conditions.

Cotisations AVS en préretraite : les règles de base

Dès lors que vous n'exercez plus d'activité salariée ou indépendante, vous entrez dans la catégorie des personnes sans activité lucrative au sens de l'AVS. Vos cotisations ne sont alors plus calculées sur un revenu professionnel, mais sur la base de votre fortune nette et de vos revenus sous forme de rente (rentes AVS, LPP, pensions) multipliés par 20.

Un point souvent mal anticipé : percevoir une rente AVS anticipée dès 63 ans ne met pas fin à l'obligation de cotiser. Vous restez tenu de verser des cotisations jusqu'à l'âge de référence de 65 ans.

Dans cette situation, la cotisation minimale est de 530 francs par année, la maximale de 26 500 francs, atteinte pour une fortune déterminante de 8,95 millions de francs.

Une règle importante mérite d'être soulignée : si votre conjoint (marié) exerce une activité lucrative et verse au moins 1 060 francs de cotisations AVS par année (2026), vous êtes totalement exempté de cotiser. Cette exemption est inconditionnelle, elle s'applique quelle que soit votre fortune.

À noter également : les revenus de la fortune (intérêts, dividendes, loyers, plus-values) n'entrent pas dans la base de calcul AVS. Seule la valeur de votre patrimoine au 31 décembre compte.

Le risque souvent ignoré : la requalification en indépendant

La situation se complique pour certains préretraités fortunés.

Si vous vivez exclusivement de votre portefeuille d'actions ou de vos revenus immobiliers, l'administration fiscale peut considérer que vous exercez une activité lucrative indépendante et non une simple gestion de fortune privée. Ce risque est plus élevé si vous tradez activement, si vous détenez un parc immobilier important, ou si ces revenus constituent votre unique source de subsistance.

Or, si le fisc vous requalifie en professionnel, la caisse de compensation AVS suit en principe cette qualification. Vous basculez alors dans le régime des indépendants : vos revenus sont soumis à cotisations AVS au taux de 10,6 % et l'exemption liée à l'activité d'un éventuel conjoint ne s'applique plus.

Une nuance importante mérite toutefois d'être soulignée. Pour beaucoup de préretraités, la période où l'on vit uniquement de sa fortune est transitoire, deux ou trois ans tout au plus, avant que les rentes AVS et LPP ne prennent le relais comme source principale de revenu. Dans ce contexte, les revenus de la fortune ont un caractère clairement accessoire et temporaire, ce qui rend la requalification en activité professionnelle beaucoup moins probable. Le fisc ne requalifie pas une gestion patrimoniale passive exercée sur une courte période de transition.

Le risque devient plus réel lorsque cette situation s'installe dans la durée, ou lorsque la fortune est la seule source de vie sans perspective de rentes à venir.

Concrètement, qu'est-ce que ça change ?

Prenons un exemple simple.

Un homme de 55 ans prend une retraite anticipée. Il détient un portefeuille d'actions de 3 millions de francs et réalise 150 000 francs de plus-values dans l'année. Sa femme travaille à temps plein et cotise 12 000 francs par année à l'AVS.

Scénario 1 : fortune privée, pas de requalification

Les plus-values ne sont pas imposées, elles n'entrent pas dans la base AVS. Seule la valeur du portefeuille (3 millions) compte comme fortune. Et comme sa femme cotise largement plus de 1 060 francs, il ne paie aucune cotisation AVS.

Scénario 2 : requalification en indépendant

Les 150 000 francs de plus-values deviennent un revenu d'activité lucrative. Il paie l'impôt cantonal et fédéral sur ce montant, et des cotisations AVS à 10,6 %, soit environ 15 900 francs. L'exemption liée à sa femme ne joue plus.

La différence entre les deux scénarios peut représenter plusieurs dizaines de milliers de francs par année.

La qualification retenue dépend largement du contexte global. Si le salaire de madame couvre confortablement les besoins du ménage et que la gestion du portefeuille est passive (ETF, fonds, faible rotation), les plus-values apparaissent clairement comme un complément accessoire et non comme une source de subsistance organisée. Dans ce cas, le risque de requalification est faible et défendable.

En revanche, dès que la situation devient plus ambiguë (portefeuille très actif, revenus de la fortune comme seule réelle source de vie du ménage, ou parc immobilier conséquent), la frontière devient délicate. C'est précisément dans ces cas intermédiaires que l'appréciation du fisc cantonal peut surprendre, et que l'absence d'anticipation coûte cher.

Planification de la retraite anticipée : ce qu'il faut faire avant de partir

La bonne nouvelle : ces risques sont anticipables et gérables, à condition d'agir au bon moment.

La démarche la plus efficace est de solliciter un ruling fiscal auprès de l'administration fiscale cantonale. Il s'agit d'une demande écrite dans laquelle vous décrivez précisément votre situation (composition de votre patrimoine, stratégie d'investissement, date prévue de retraite anticipée) et demandez une confirmation écrite de la qualification de vos actifs. Une fois rendu, le ruling lie l'administration fiscale tant que votre situation ne change pas matériellement.

Si la réponse est défavorable, vous avez encore le temps d'adapter votre situation avant de quitter votre activité. C'est là que la marge de manœuvre est la plus large.

C'est précisément ce que je fais dans le cadre d'un accompagnement de planification de retraite anticipée en Suisse romande. Ensemble, nous analysons l'ensemble de votre situation (qualification fiscale de vos actifs, structure de vos revenus et de vos dépenses, évolution projetée de votre fortune sur le court, moyen et long terme) pour identifier les options disponibles et leurs conséquences réelles.

L'objectif n'est pas de trouver une solution générique, mais de construire une stratégie adaptée à votre situation personnelle, familiale et fiscale : à quel âge partir, dans quelle configuration patrimoniale, avec quels arbitrages à réaliser au préalable, et en toute connaissance des implications légales et financières.

Raphaël Jordi — Planificateur financier Dipl. IAF, fondateur de Finance Lab

Je vous reçois en présentiel à Sion et à distance pour l'ensemble de la Suisse romande : Genève, Nyon, Lausanne, Fribourg, Neuchâtel.

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Références

  • Mémento AVS 2.03 "Cotisations des personnes sans activité lucrative", édition janvier 2026, Office fédéral des assurances sociales (OFAS)
  • LAVS art. 4, 8, 9 et RAVS art. 17
  • ATF 140 V 241, Tribunal fédéral, jurisprudence sur la fortune commerciale immobilière
  • Jurisprudence du Tribunal fédéral relative au droit des cotisations AVS, sélection OFAS

À votre écoute dans toute la Suisse romande.

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