
Retraite anticipée : Étude de cas réel pour un départ à 63 ans
Est-il possible d'anticiper sa retraite de deux ans sans sacrifier son train de vie ni vendre ses biens immobiliers ? Découvrez l'étude de cas de Monsieur S., 61 ans, pour qui nous avons mis en place une planification financière détaillée face à un défi inattendu : la tenue des charges hypothécaires.
Début août 2026, je reçois sur ma boîte mail une demande de consultation pour une planification de la retraite. Après un rapide entretien téléphonique préliminaire, je me rends chez le client dans la région de Sion, en Valais, pour une première consultation.
Monsieur, âgé de 61 ans, travaille dans le domaine social pour l'État du Valais. Il est propriétaire de deux biens immobiliers : sa résidence principale, un magnifique raccard valaisan rénové en 2015 avec sa défunte épouse, et une petite maison au Tessin héritée de sa mère, qu’il utilise régulièrement pour se ressourcer.
Après un premier quart d’heure de discussion, je comprends que son métier est très usant psychologiquement. En effet, Monsieur consacre ses journées à s’occuper de personnes en grande détresse financière et psychologique. Avec les années qui avancent, et principalement depuis le décès de son épouse, il a de moins en moins à cœur de poursuivre son activité jusqu’à l’âge légal de 65 ans.
Le besoin : Lever le pied avant l'âge légal sans sacrifier son patrimoine
Il me demande mon avis pour savoir s'il est possible de prendre sa retraite d’ici deux ans, à 63 ans, sans pour autant devoir renoncer à son train de vie ou à ses biens immobiliers.
Ce genre de questions techniques ne pouvant pas être traitées lors d'une simple consultation à l’heure, y répondre demande d’ouvrir d’office une planification retraite. L'objectif est d’analyser de manière détaillée tant les revenus futurs que les dépenses, l’évolution de la fortune et la fiscalité, qui est très variable selon la stratégie choisie, et ce pour chaque scénario à considérer.
L'analyse patrimoniale : État des lieux des revenus et de l'immobilier
Je réalise donc une première analyse patrimoniale avec l’aide de mon client ainsi que de l'ensemble de son dossier administratif. Comptes, hypothèques, actes de propriété, certificat LPP, déclaration fiscale : je consigne l’ensemble de la situation, qui se résume comme suit.
Le jour de ma visite, le revenu net annuel global est proche des 90'000 CHF, incluant d'ores et déjà la rente de veuf versée par la caisse de pension de sa défunte épouse. Le budget est bien maîtrisé avec une capacité d’épargne, après l’établissement d’un budget détaillé, proche des 16'000 CHF/an, ce qui laisse une marge confortable en cas d'imprévus.
La fortune est constituée uniquement d’immobilier, avec la résidence principale estimée à 800'000 CHF, grevée d'une dette hypothécaire bien amortie de 320'000 CHF. La petite maison de village au Tessin est estimée à 550'000 CHF, sans aucune dette. Seul point de vigilance : aucunes liquidités ne sont disponibles immédiatement. Monsieur vient d’utiliser ses dernières économies pour payer une provision d'impôts mal anticipée et quelques rénovations obligatoires sur sa maison.
La stratégie : Comparer la retraite anticipée et le départ à 65 ans
La planification s’attardera sur l’analyse de la viabilité de deux scénarios. Le premier est la retraite à 63 ans avec le bénéfice de la rente pont offerte par la caisse de pension de l’État du Valais (CPVAL). Pour rappel, il s’agit d’une réduction à vie de la rente reçue pour financer une rente transitoire un peu plus élevée en attendant de toucher l’AVS à l’âge légal. Cette rente pont est financée à 50 % par l’employeur dans ce cas précis, ce qui en fait une solution financière relativement attractive.
Un scénario comparatif est aussi mis en place pour offrir une base de comparaison, souvent nécessaire pour se projeter personnellement et avoir une bonne idée des ordres de grandeur, souvent abstraits. En concertation avec le client, nous analyserons donc également le départ à l’âge légal de 65 ans.
L’analyse se déroule sur plusieurs heures de planification à l’aide d’un logiciel spécialisé, et aboutit à l’établissement d’un rapport détaillé qui en tire les conclusions suivantes.
Les deux scénarios sont viables à l’âge de la retraite, laissant une capacité d’épargne confortable de l’ordre de 9'000 CHF dans le cas de la retraite anticipée à 63 ans.

Dans le cas de la retraite à 65 ans, la capacité d'épargne est un peu plus conséquente. Dans les deux cas, l'on constate un excédent jusqu'à l’espérance de vie, et ce malgré une inflation considérée de manière défensive à 1,5 % sur les postes de dépenses incompressibles.

Dans ces scénarios, je remarque que leur viabilité ne tient qu’à la rente de veuf offerte par la caisse de pension, qui alimente 25'000 CHF/an de revenus supplémentaires bienvenus dans cette situation.
Note : si vous êtes en concubinage, c’est un bon rappel pour inscrire votre partenaire de manière facultative comme bénéficiaire si votre règlement de caisse vous le permet ; c’est simple et cela peut changer une situation financière.
Le point de vigilance : La capacité de tenue des charges hypothécaires
Le seul point de vigilance réside dans la capacité à maintenir la dette hypothécaire sur la résidence principale, une fois à la retraite. Dans les deux scénarios, si l’on considère les valeurs assez contraignantes de financement immobilier selon les règles prescrites par l’ASB (Association suisse des banquiers), soit 5 % d'intérêts fictifs et 1 % pour les frais d'entretien, la dette est trop importante et nécessite un amortissement de plusieurs dizaines de milliers de francs, non disponibles actuellement chez Monsieur. Une discussion avec l’établissement de financement est donc recommandée afin de savoir si une dérogation (exception to policy) est envisageable sur la base de cette planification.

En cas de refus, je propose plusieurs stratégies alternatives : la vente de la résidence principale valaisanne à la retraite pour habiter dans la maison du Tessin, la vente de la maison tessinoise pour amortir la dette valaisanne à un niveau tolérable, ou le recours à un prêt postposé à taux 0 % octroyé par un tiers (ou une donation, bien que moins avantageuse fiscalement) qui viendrait amortir la dette.
Dans ce cas, l’on pourrait s’imaginer qu'un retrait de capital LPP serait judicieux pour amortir la dette. Malheureusement, nous sommes face au fameux effet ciseaux : la réduction de revenu découlant de ce retrait de la caisse de pension créerait un besoin d’amortissement encore plus conséquent, ce qui ne ferait qu'amplifier la problématique de tenue des charges hypothécaires.
Conclusion de la planification
Le client partira à la retraite en 2028 à 63 ans et a trouvé un arrangement avec la banque pour le maintien de la dette hypothécaire.

Raphaël Jordi — Planificateur financier Dipl. IAF, Fondateur de Finance Lab
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