L'attrait des planifications retraite crée un nouveau type de problématique que je traite de plus en plus régulièrement dans mon cabinet : un choix rente-capital LPP posé totalement à côté de la réalité et du contexte de vie des clients, qui finissent par me contacter pour un second avis.
Rente ou capital, le choix d'une vie
Reprenons les bases autour de ce choix cornélien : la rente ou le capital pour la retraite. Les deux options ne se valent pas et n'engagent pas les mêmes conséquences.
Prendre le capital, c'est retirer l'avoir de prévoyance accumulé pour en disposer librement une fois à la retraite. Concrètement, cela signifie payer un impôt unique, réduit, entre 5 et 15% généralement selon les cantons et le montant du retrait. Ce capital rejoint ensuite votre fortune personnelle, vous devenez donc responsable de sa bonne gestion financière. C'est le choix de la liberté contre celui de la tranquillité.
Choisir la rente, c'est se garantir un revenu stable toute sa vie en jouant contre la banque sur le sujet de la longévité. Dit de manière crue, plus vous vivrez vieux, plus le choix sera intéressant financièrement, cependant aucune transmission n'est possible, sauf dispositions spécifiques de votre caisse de pension. En contrepartie, vous bénéficiez d'un pilotage financier limpide et sans risque. C'est le stricte opposé du choix du capital.
Un choix simple n'est pas possible
Ce choix est complexe et ne se prend pas à la légère. Il exige de prendre en compte l'ensemble de votre situation personnelle, familiale et financière, mais aussi vos appétences réelles en matière de gestion courante et de style de vie. En tant que planificateur, avant même de traiter l'aspect stratégique, il faut impérativement avoir compris le fonctionnement financier de l'ensemble du ménage, pour établir des scénarios à analyser qui soient adaptés.
L'humain avant les chiffres
C'est le point que je considère comme la clé de toute bonne planification, et pourtant c'est souvent le grand absent des analyses qui passent sur mon bureau.
Une personne averse au risque, avec peu de connaissances en placement et un tempérament plutôt anxieux face à sa gestion financière, ne profitera pas sereinement d'un capital important à devoir gérer. Cette situation deviendra une source de stress plutôt qu'une liberté. À l'inverse, une personne méticuleuse, qui souhaite garder la main sur ses placements et que l'investissement intéresse, est un profil beaucoup plus adapté à une sortie en capital.
Ce constat peut sembler évident, mais force est de constater que de plus en plus de personnes sont conseillées uniquement sur l'angle fiscal et/ou patrimonial, sans qu'on se soit jamais intéressé à comment elles fonctionnaient vraiment. Ce que je déplore dans cette pratique, c'est qu'au nom du sacro-saint raisonnement rationnel, on considère souvent qu'une bonne planification est celle qui vous fait gagner le plus d'argent sur le long terme. Ma vision est autre : une bonne planification est celle qui vous donne de la sérénité, à vous et à votre entourage.
Un cas typique accompagné en juillet
Je vais vous exposer un cas concret qui était sur mon bureau en juillet : après une carrière complète en tant que cadre, le client disposait d'un capital LPP important, proche du million. Par ailleurs, il s'attendait à percevoir un héritage tout aussi conséquent dans les prochains mois, à quoi s'ajoutait une fortune personnelle déjà bien établie, notamment de l'immobilier avec peu de dette hypothécaire.
Ce monsieur me consulte après avoir été conseillé par un confrère de choisir 50% de rente et 50% de capital et il avait des doutes sur la stratégie à adopter pour la gestion de cette fortune à venir. Je l'écoute exposer sa situation et très rapidement, je me rends compte que le choix proposé par cette planification retraite ne correspond absolument pas à son tempérament anxieux, et encore moins à sa structure patrimoniale à moyen terme, présentant déjà beaucoup de liquidités.
Facteur à considérer en plus, le taux de conversion de sa caisse de pension était bon, et il se voyait lui-même vivre vieux. J'en arrive donc à la conclusion que ce conseil réalisé par ce cabinet prestigieux n'est absolument pas judicieux dans son cas précis. En effet, en renonçant à une partie de sa rente, il n'aurait plus eu assez pour son reste à vivre et aurait dû compter sur la bonne gestion de sa fortune, ce qui l'angoissait profondément. Autant d'éléments qui allaient dans le sens d'un choix de capital bien plus modeste.
Ce qui me gêne fondamentalement, c'est que ce confrère ne s'est pas intéressé à l'humain derrière le client. Ce monsieur, a-t-il envie de passer sa retraite à gérer ses placements ? Est-il à l'aise en période boursière instable ? A-t-il envie de voir son revenu varier selon le bon vouloir de la bourse ? Autant de questions qui doivent entrer dans l'équation globale, avant même d'analyser de manière plus poussée des scénarios.
Seule une planification sur mesure permet de trancher
D'expérience, il n'existe pas de règle d'or applicable uniformément, chaque situation financière et personnelle étant unique. Seule une planification financière minutieuse et entièrement personnalisée, construite sur des scénarios discutés et compris par le client, permet de comparer réellement les stratégies possibles, d'en comprendre les implications concrètes et de donner une feuille de route adaptée.
Mon rôle n'est pas de faire ce choix à votre place, mais de vous donner les moyens de le faire en toute connaissance de cause, en tenant compte aussi bien des chiffres que de qui vous êtes.

Raphaël Jordi — Planificateur financier Dipl. IAF, Fondateur de Finance Lab
Souhaitez-vous élaborer un plan de retraite personnalisé, alliant une analyse fiscale suisse rigoureuse et un accompagnement humain, dans le strict respect de votre confidentialité ?
