Rente ou capital LPP ? C’est une analyse qui revient chaque semaine au cabinet. J’en ai profité pour tourner une vidéo détaillée : j'y compare trois options stratégiques en prenant le cas d’un couple Lausannois proche de la retraite. Cet article reprend cette analyse, chiffres à l’appui.
La vidéo
Le cas : Marc et Sophie
Le couple est mariés et sans enfants, ils vivent à Lausanne dans un appartement dont ils sont propriétaires. Ils souhaitent prendre leur retraite ensemble, en juin 2028 : Marc aura 65 ans, Sophie 63 ans. Sophie part donc deux ans avant l’âge de référence AVS, ce qui réduit sa rente AVS et LPP.
À l’AVS, Marc touche sa rente dès juin 2028 et Sophie dès ses 65 ans, en 2030. À partir de 2031, le couple perçoit ainsi environ 49’740 francs par an.
Hypothèses et critère de viabilité
Le cas est volontairement simplifié : inflation de 1 % par an, train de vie de 60’000 francs par an tout compris, rendement des fonds de 2,5 % non garanti, impôts sur la commune de Lausanne (Vaud), horizon d'analyse à 2050, soit les 85 ans de Sophie.
Dans ce cas, la planification est considérée viable si, à 85 ans, il reste en liquidités au moins cinq fois le déficit annuel (dépenses moins recettes de l’année).
Les trois scénarios
- S1: 100 % rente. La LPP est versée sous forme de rente : 46’400 francs par an. Le déficit n’apparaît qu’après 2031 et atteint environ 9’900 francs en 2050. L’hypothèque de 320’000 francs reste en place : la charge est d’environ 28 % du revenu au taux théorique de 5 %, sous le tiers admis par les banques.
- S2: 50 % rente, 50 % capital. Rente de 23’200 francs et capital de 471’000. Le déficit passe d’environ 12’200 francs en 2031 à 26’200 en 2050. La banque impose d’amortir 150’000 francs, ce qui ramène la dette à 170’000.
- S3: 100 % capital. Capital de 943’000 francs, plus aucune rente LPP. Le déficit annuel du couple passe d’environ 28’600 francs en 2031 à 43’700 en 2050. Il faut amortir 200’000 francs en 2029 : la dette tombe à 120’000.
Les trois scénarios respectent le critère des cinq ans, le dernier avec la marge la plus serrée.
Comparaison
| En francs, en 2050 | 100 % rente | 50 / 50 | 100 % capital |
| Hypothèque | 320’000 | 170’000 | 120’000 |
| Déficit annuel | 9’900 | 26’200 | 43’700 |
| Années de déficit couvertes par les liquidités | 34 | 13 | 8 |
| Fortune nette (dette déduite) | 1’422’000 | 1’544’000 | 1’640’000 |
| Impôts cumulés 2028–2050 | 529’700 | 501’600 | 501’600 |
- La fortune. À long terme, les trois scénarios se ressemblent. À 85 ans, le capital garde 218’000 francs d’avance, mais cet écart se réduit avec les années et les trajectoires se rejoignent vers 90 ans. En cas de très longue vie, la rente prend l’avantage ; en cas de décès prématuré, le capital reste dans le patrimoine.
- Les impôts. L’écart cumulé est d’environ 28’000 francs : dans ce cas, la fiscalité n’est pas déterminante.
- L’hypothèque. Prendre son capital réduit les revenus réguliers pris en compte par la banque, ce qui peut obliger à amortir, même avec un patrimoine important. Cet amortissement se prépare avant la retraite.
Le cas retient aussi la suppression de la valeur locative, acceptée en votation en septembre 2025 et en vigueur dès le 1er janvier 2029 (source : Administration fédérale). Elle rend la dette hypothécaire moins intéressante.
Que choisir ?
Sur le plan financier, les trois scénarios sont très proches à long terme : aucun ne s’impose nettement. Le bon choix dépend donc de plusieurs critères, souvent non financiers :
- La famille et la succession. Une volonté successorale peut justifier de préférer le capital, qui se transmet, à la rente, qui s’éteint.
- L’appétit pour le risque. La rente apporte un revenu stable à vie. Le capital offre plus de liberté, mais dépend des marchés : un rendement de 2,5 % n’est pas garanti.
- La longévité anticipée. Plus la retraite dure longtemps, plus la rente devient intéressante.
- Le logement. Le capital peut obliger à amortir l’hypothèque.
Alors, pourquoi planifier sa retraite ?
Une planification financière de la retraite a pour premier objectif de vérifier si des risques sont présents, et de les écarter. Mon travail consiste donc d’abord à vous éviter de choisir une stratégie qui mettrait votre retraite en difficulté.
Dans ce cas, aucune des stratégies n’est critique : la discussion porte alors sur les préférences du couple, et l’accompagnement prend la forme de recommandations personnalisées, selon ses volontés.
Ensuite, si la situation le permet, on cherche à optimiser le tout sur le plan financier : fiscalité, rendement de la fortune, succession.

Raphaël Jordi — Planificateur financier Dipl. IAF
Membre de l'Association suisse des planificateurs financiers (FPVS)
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