
Calcul de la rente AVS : pourquoi pourrait-elle être plus basse que prévu ?
Vous pensez pouvoir compter sur une rente maximale AVS pour votre retraite? Entre les lacunes de cotisation et le lissage de votre revenu moyen, le barème AVS est complexe, particulièrement pour les cadres et les profils internationaux.
Dernièrement, lors de mes conseils, je m'aperçois que les rentes de retraite AVS arrivent en dessous des anticipations calculées par mes clients. Ces derniers sont très régulièrement optimistes sur cette question. Cette thématique pouvant avoir un impact non négligeable sur la viabilité de votre planification retraite, la question du chiffrage de la rente AVS mérite un tour d'horizon plus approfondi.
Comment fonctionne l'AVS en Suisse ?
Sans rentrer dans une énième explication détaillée du régime de l'AVS en Suisse, l'Assurance-vieillesse et survivants est la base du système de prévoyance retraite de notre pays. Historiquement mise en place pour assurer un revenu décent à l'ensemble des travailleurs et à leurs familles une fois à la retraite, cette rente universelle est basée sur un système par répartition : les actifs cotisent pour les rentes des retraités. L'AVS fonctionne aujourd'hui dans un écosystème de prévoyance mêlant plusieurs sources de revenus, dont la LPP et le 3e pilier.
Le calcul de votre rente AVS
Les règles du calcul de votre rente AVS sont très strictement encadrées par la loi. De manière technique, c'est la LAVS (Loi sur l'assurance-vieillesse et survivants) qui dicte le calcul et la manière dont vous allez bénéficier de votre rente.
Comme dans tout système de retraite par répartition, plusieurs facteurs permettent le calcul de cette rente. En Suisse, nous distinguerons le revenu annuel moyen (RAM) cotisé durant les années d'activité et le nombre d'années d'activité, les fameuses 44 années de cotisation obligatoires.
Dans ce contexte, des travailleurs ayant cotisé sur de gros revenus en moyenne (comme c'est souvent le cas chez les cadres de grandes entreprises romandes), mais étant arrivés en Suisse relativement tardivement, ont très souvent un revenu annuel moyen important, mais n'ont pas toujours cotisé suffisamment d'années sur la totalité… Dès lors, des lacunes apparaissent et réduisent la rente future.
Le piège des 44 ans
L'AVS fonctionne sur une base de 44 années de cotisation obligatoires, tant pour les hommes que pour les femmes depuis la réforme AVS 21. Il s'agit donc d'années cotisées entre 21 ans et 65 ans. Comme décrit précédemment, très régulièrement, les personnes avec de forts revenus occupent des postes à responsabilité après avoir suivi de longues études et passé plusieurs années à l'étranger. Ces lacunes pèsent lourd dans le calcul définitif de l'AVS : plus il manque d'années de cotisation, plus la rente prévue est réduite proportionnellement.
Prenons l'exemple d'Éric, 57 ans, cadre dans l'industrie pharmaceutique. Arrivé en Suisse à 25 ans après ses études, il gagne aujourd'hui très bien sa vie. Pourtant, ces 4 années d'absence initiale du système suisse (entre ses 21 et ses 25 ans) lui créent une lacune AVS irréversible.
Pour chiffrer cette décote de manière plus concrète : en 2026, si vous avez droit à une rente pleine en qualité de célibataire (revenu moyen supérieur à 90'720 CHF et 44 années de cotisation), vous toucheriez une rente AVS mensuelle de 2'520 CHF. Par contre, si vous êtes arrivé en Suisse avec, comme Éric, 4 années de lacunes, vous ne toucheriez plus que 2'520 x 40 / 44, soit 2'290 CHF par mois.
Dit comme cela, la différence peut sembler assez faible. Mais reportez cela sur 13 rentes mensuelles dès 2026, et la différence entre les scénario représente plus de 2'990 CHF par an de revenu.
| Situation (Célibataire en 2026) | Durée de cotisation | Rente mensuelle | Revenu annuel (13 rentes) |
| Rente pleine (Échelle 44) | 44 ans | 2'520 CHF | 32'760 CHF |
| Rente partielle (-4 ans) | 40 ans | 2'290 CHF | 29'770 CHF |
| Écart de revenu | -4 ans | -230 CHF / mois | -2'990 CHF / an |
Objectivement, 2'990 CHF par an, ce n'est pas grand-chose lorsque l'on est habitué à un train de vie relativement important. C'est sans compter que justement, plus le train de vie est élevé durant la période d'activité, plus le coup de frein financier peut paraître désagréable une fois la retraite atteinte...
Ces 2'990 CHF, remis dans le contexte d'une réduction déjà importante de revenu, sembleront d'autant plus désagréables et viendront manquer à un train de vie déjà bien ancré.
L'illusion des dernières années de carrière
Régulièrement, j'observe que la problématique ne se résume pas simplement à cela, mais est multicausale. En effet, comme décrit en introduction, le revenu annuel moyen cotisé est aussi déterminant pour le calcul de la rente : ce dernier sert à choisir le niveau de rente dans l'échelle de calcul.
Si vous avez travaillé avec de gros revenus, mais uniquement durant les 10 dernières années de votre vie active, il y a fort à parier que votre train de vie s'est particulièrement développé durant ces années (acquisition immobilière, voyages, loisirs). Vous anticipez donc naïvement une rente pleine. Cependant, au regard de l'AVS, votre revenu moyen sur l'ensemble des années depuis vos 21 ans peut être inférieur aux 90'720 CHF du sommet de l'échelle : vous tombez dans une tranche inférieure avec une rente qui n'est pas au maximum. Ajoutez-y quelques lacunes d'années de cotisation et vous vous retrouvez avec une grosse réduction de votre rente AVS.
Quelles solutions pour compenser ?
Malheureusement, il n'y a pas grand-chose à faire. Les lacunes n'étant pas rattrapables (sauf certains cas spécifiques très rarement avantageux financièrement), la stratégie consiste majoritairement à prendre acte de la rente future et à adapter sa stratégie financière globale sur d'autres leviers. Deux axes s'activent dans ce contexte en planification financière afin de passer d'une situation problématique à une situation viable : la maximisation des revenus (gagner plus) et, par opposition, la réduction des dépenses (dépenser moins, très souvent mise de côté par ailleurs).
Par exemple, l'on peut maximiser la rente LPP via des rachats dans la caisse de pension. C'est une solution parfois avantageuse fiscalement si l'on a les moyens financiers de la mettre en place. Dans un autre registre, l'on peut proposer d'amortir une partie de la dette hypothécaire afin de réduire les charges une fois à la retraite. Il est aussi possible d'envisager un scénario d'expatriation vers un pays au coût de la vie plus faible pour réduire des charges liées au train de vie, de plus en plus pesantes en Suisse.
Bien entendu, chaque stratégie doit être analysée, calculée et modélisée dans votre cas personnel afin de déterminer si elle présente la solution la plus avantageuse pour votre situation financière propre.
Ce qu'il faut retenir
L'AVS est un système aux règles simples, mais particulièrement pénalisant pour ceux qui n'auraient pas « joué le jeu » depuis le début. Un audit AVS est presque systématiquement recommandé afin de s'assurer de la rente future ; seuls de très rare cas permettent d'affirmer d'emblée qu'une rente pleine sera touchée. Ensuite, il vous faut composer avec l'ensemble des autres composantes patrimoniales afin de trouver la stratégie adaptée à cette contrainte. Chaque cas étant spécifique et personnel, seul un conseil avisé de la part d'un professionnel pourra vous aiguiller vers la meilleure solution pour vous et votre famille.

Raphaël Jordi — Planificateur financier Dipl. IAF, Fondateur de Finance Lab
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